jeu 3 nov 2005
Sony au service des virus
Posté par Thierry dans Technonews
A l’aube du 8eme jour, Philips créa le Compact Disc, et il trouva que c’était bien.
Malheureusement, petit à petit, les majors du disque réalisèrent qu’il était facile de copier un CD ou le transformer en MP3 tout en gardant une qualité exceptionnellement proche de l’original (voire identique dans le cas de la copie de CD à CD). Il n’aura pas fallu longtemps pour que ces sociétés cherchent un moyen de protéger les données audio contre la copie. On inventa alors des procédés anticopie farfelus (en insérant par exemple des données de correction d’erreur non valables), parfois contournables avec un simple stylo feutre, mais qui surtout :
- empéchaient le CD de respecter la norme Red book définissant le standard pour un CD audio, mis au point au début du CD audio par Philips et Sony
- diminuaient ouvertement la liberté du consommateur puisqu’il devenait parfois impossible d’écouter les-dits CD audio sur un autoradio ou un ordinateur équippé de Linux.
- diminuaient fortement la durée de vie du CD en question, puisqu’en utilisant la partie du CD supposée contenir les données de correction d’erreur pour en faire autre chose, la moindre égratignure sur le CD rendait celui-ci illisible (alors que le standard Red Book mentionne cette zone de correction d’erreur dans ce but).
Non seulement les CD protégés résistent donc moins au temps, mais il est en plus (théoriquement) impossible d’en faire une copie pour palier à ce défaut. Moralité, le consommateur est encore du mauvais côté du fusil. Parce qu’évidemment, vous vous doutez bien que cette protection n’empèche pas ceux qui veulent à tout prix en télécharger une version MP3 gratuite de le faire, il suffit d’aller faire un tour sur les réseaux P2P pour s’en rendre compte. C’est donc le consommateur honnête qui trinque.
Dans un second temps, il a été décidé de taxer lourdement les CD vierges pour “compenser” le piratage audio. Au passage, on se demande comment a été calculée cette taxe, surtout que les majors ont tendance à penser qu’un fichier MP3 téléchargé illégalement correspond à un achat qui aurait été fait légalement si ce téléchargement n’étais pas possible. Dans ces calculs, on a tendance à oublier que la gratuité des fichiers en question fait que les gens téléchargent et écoutent des musiques qu’ils n’auraient JAMAIS achetées de toutes façons parce que leur budget ne leur permet pas d’investir dans une audiotheque si eclectique.
Bref, les CD vierges sont taxés (ainsi que les DVD et les disques durs intégrés, comme les lecteurs Mp3) au nom du remboursement du manque à gagner des majors. Cela rend-il le piratage légal ? Dans la mesure ou l’on paye une taxe pour compenser, cela veut-il dire qu’on est alors libre de télécharger tout ce qu’on veut ? Bien sur que non, mais ça fait plus de sous pour les majors, et c’est encore le consommateur qui trinque.
Mais le chapeau reviens à Sony qui fait décidémment très fort. Ceux-ci viennent de sortir un CD protégé par DRM (Digital Rights Management, ou encore Gestion des Droits Numériques), lisible sur un ordinateur équipé de Windows uniquement avec le lecteur multimédia intégré au CD Audio, qui installe un rootkit!. Pour info, un rootkit est un programme destiné à compromettre un système afin d’y maintenir un accès administrateur. Dans le cas présent, le logiciel installé automatiquement par le lecteur multimédia contenu sur le CD, et ce, sans prévenir l’utilisateur ni lui offrir l’option de désinstaller ce logiciel par les moyens normaux (ajouter/supprimer des logiciels) a pour but de cacher les fichiers liés à la protection anti-copie.
Cependant, en cachant ces fichiers par des moyens utilisés normalement par des logiciels malveillants, Sony modifie l’ordinateur de l’utilisateurs sans que celui-ci ne soit au courant. De plus, le programme en question est mal codé, puisqu’afin de protéger leurs fichiers, Sony a décidé de cacher automatiquement tout fichier commençant par les lettres $sys$, laissant ainsi la liberté aux logiciels malveillants de profiter de cette “protection” gentillement offerte par Sony !
Cette abomination a été découverte par Mark Russinovich de Sysinternals.com et Sony propose de fournir des informations sur la méthode à suivre pour enlever ce logiciel malveillant, mais il faut pour cela remplir un formulaire sur leur site web.
Il est triste de voir jusqu’où peuvent aller ces sociétés pour s’assurer de ne pas perdre un centime, tout en bafouant les libertés essentielles du consommateur.
Mise à jour du 20/11/05: Sony publie ses “excuses”
Au passage, on a noté dans le rootkit de Sony des morceaux de soft venant de logiciels sous license GPL, comme VLC et LAME. Bravo donc Sony, non seulement tu plombes mon PC, tu fournis un abri pour les virus qui voudrait se cacher à moindre frais sur mon disque dur, mais en plus tu fais ça en utilisant des bouts de logiciels qui ne t’appartiennent pas !!! Ou comment essayer d’empécher les gens de te voler mais ne pas s’attarder sur le fait que tu voles les autres !
