ven 17 mar 2006
En lisant l’excellent billet de Petaramesh sous-titré “la problématique de l’athée“, j’ai eu envie de commenter un passage qui, je trouve, mérite un peu plus de réflexion. Je ne reviendrais pas sur l’ensemble du billet en question avec lequel je suis assez d’accord, mais j’aimerais réagir à la partie “bourrage de crâne”, et surtout à ceci :
Bourrage de crâne
[…] l’heureux nouveau Croyant admis dans sa nouvelle famille sera ensuite soumis, avant même le développement chez lui du moindre esprit critique et de la moindre rationalité, à un bourrage de crâne en règle, plus ou moins prononcé selon le degré de religiosité et de pratique de la famille où il a vu le jour. Cela ira de fais ta prière à le petit Jésus par-cî, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) par là, l’Eternel ton Dieu et la Terre Promise par ailleurs. Puis la “formation spécialisée” du caté de nos grand-mères à l’école coranique, selon le courant dont chacun se réclame.
Tous ces concepts, toutes ces vérités, le petit enfant les avalera en même temps que l’habitude de se laver les mains avant de passer à table et le fait de mettre ses chaussures avant de sortir, bien avant d’être confronté à l’imparfait du subjonctif ou aux équations du second degré.
[…]
On bourre donc le mou des gosses avec la Vérité Révélée, on bourre tant et si bien, avant même l’acquisition de la capacité de réflexion, qu’une fois parvenus à l’âge adulte, nos Petits Croyants auront si bien intériorisé tout cela que leur religion fera partie intégrante de leur identité et de leur structure mentale.
J’avoue que cette partie m’a beaucoup dérangée, dans la mesure ou je suis moi-même athée, malgré quelques années de catéchisme, pendant lesquelles j’ai effectivement appris quelque chose d’utile.
Si je résume bien, Swâmi, tu comptes laisser ton enfant faire lui-même ses choix lorsqu’il sera en age, c’est très bien et cela part forcément d’un bon sentiment. Cependant, parmi les choix que celui-ci devra faire, il en est d’autres, moins spirituels (dans le sens ou j’entends ce mot) comme le type de comportement qu’il adoptera face aux autres.
Je parle principalement de tolérance et de respect d’autrui. Ton enfant, au cours de sa jeunesse va se retrouver face à plusieurs sources d’enseignement : ses parents, l’école, les copains, les inconnus, etc. La somme de ses enseignements définira la personnalité de l’adulte qu’il deviendra. Le souci, c’est qu’à ce jeu, les parents sont les moins chanceux. Effectivement, arrivé à un certain age, a moins d’avoir eu un bol monstre, l’éducation donnée par les parents sera complètement ignorée par l’enfant, voire même systématiquement contredite.
Il ne restera alors plus à ton enfant que les autres sources d’enseignement.
Si tu as de la chance, il aura des amis “respectables” dans ce sens qu’ils ne tâcheront pas de lui apprendre qu’insulter des flics c’est cool, piquer des fringues c’est le pied, et traiter les filles comme des traînées c’est ce qui te définit comme étant un homme un vrai. Cependant, ce n’est pas quelque chose que tu pourras contrôler, si tes enfants fréquentent les mauvaises personnes, tu ne pourras pas y faire grand chose (surtout si tu veux laisser le choix à tes enfants).
Un enfant qui va au catéchisme, au moins, tu sais qu’on lui présentera aussi une façon de voir les choses plus tolérante, plus “tournée vers son prochain”. C’en est parfois même risible d’entendre ces prêtres dégoulinants de gentillesse et de compassion, mais, à mon avis, c’est très bon pour l’équilibre de l’enfant qui aura ainsi plus d’éléments de réflexion à sa disposition lorsqu’il devra faire les choix qui le définiront.
En ce qui me concerne, j’ai fait quelques années de catéchisme (et de scoutisme) et j’en ai retiré, je crois, un sens moral assez développé, qui se concrétise dans la vie de tous les jours par des actions aussi simples que prévenir la boulangère lorsqu’elle a rendu trop de monnaie, éviter de gêner les voisins en faisant trop de bruit, etc. Ces petites attentions qui rendent la vie plus agréable à tout le monde.
En repoussant complètement les religions, tu refuses aussi certaines valeurs qu’elles enseignent quasiment toutes, comme le respect des autres, la tolérance, la compassion, … Après, que l’histoire prouve que ces valeurs sont foulées quotidiennement au nom de ces mêmes religions, c’est autre chose, et ce n’est pas ça que ton enfant apprendra au catéchisme. Par contre, il sera à même de faire la différence entre l’enseignement catholique et les actions faites, soi-disant, au nom de dieu.
Mes filles choisiront leur religion (athéisme inclus) quand elle le voudront, en attendant, si l’occasion se présente de les inscrire au catéchisme, bien que je ne soit pas croyant, c’est volontiers que je le ferais, non pas pour qu’elles apprennent qu’il y a une vie après la mort, et que Dieu a envoyé son fils se faire charcuter pour voir si on l’aimait assez, mais uniquement pour qu’elles soient confrontées à des attitudes et émotions qu’elles n’auront malheureusement que trop peu le loisir de croiser dans la vie de tous les jours.
6 Réponses à “ Y’a du bon dans le yaourt aux cornichons ”
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Trackback de Ashram de Swâmi Petaramesh
17 mars 2006 à 13:46dieuvouspube.com…
Aujourd’hui, en seurfant sur le blog de Thierry sur l’article qu’il a bactracké ici, pour lui faire quelques petits commentaires, j’ai l’immense bonheur d’apprendre que Dieu m’aime ! Merci Thierry, dire que j’aurais pu passer à côté !…

17 mars 2006 à 11:02
Je crois que mélanges allègrement l’enseignement de la religion et celui de ce qu’on appelle la morale, comme si la dernière découlait nécessairement de la première, et ne pouvait être enseignée que dans ce cadre…
Si c’était le cas, le fait que tu t’affirmes toi-même athée, mais que pour autant tu revendiques un attachement à une certaine morale, constituerait un paradoxe, n’est-ce pas ?
L’attitude de chacun face aux autres dans ses comportements sociaux, les fondements de la morale et de l’éthique peuvent parfaitement s’enseigner dans un cadre autre que religieux. Ou d’ailleurs dans d’autres cadres religieux que celui du catéchisme de l’église catholique.
La cathéchisme, ce n’est pas de la morale avec un peu de bondieuseries saupoudrées par-dessus. C’est l’enseignement des dogmes d’une religion, religion qui inclut pour une part un certain nombre de principes moraux et de règles de conduite (parmi lesquels il s’avère judicieux de faire un tri…)
Il ne me paraît personnellement pas indiqué de faire “bourrer le mou” d’un enfant, comme je l’écrivais dans mon article, de 80% de fariboles et billevesées - dont certaines sont, à mon sens, extrêmement nocives - au motif que l’on espère qu’il retiendra dans une certaine mesure 20% d’enseignements avec lesquels on se trouve en accord…
D’autre part, je ne partage pas non plus ta réflexion à propos de l’adolescence, quand tu écris “Effectivement, arrivé à un certain age, a moins d’avoir eu un bol monstre, l’éducation donnée par les parents sera complètement ignorée par l’enfant, voire même systématiquement contredite. Il ne restera alors plus à ton enfant que les autres sources d’enseignement.”
Cela me semble ignorer un certain nombre de faits :
- La “crise d’adolescence” ne consiste pas seulement à être en révolte contre ses parents (même s’ils sont aux premières loges), mais à être en révolte contre toute forme d’autorité, ceci incluant églament les profs, les flics et les curés. Il n’y a aucune raison valide d’affirmer que lors de la crise d’adolescence, où un jeune être en formation se définit un moment en opposition avec les contraintes qui lui ont été imposées, celui-ci va “ignorer” entièrement l’éducation donnée par ses parents (sous tous ses aspects), et en même temps, rester fidèle au catéchisme reçu du curé. L’argument me semble fort spécieux.
- La crise d’adolescence n’est qu’un passage, à la fin duquel le jeune individu est supposé avoir intériorisé après examen l’enseignement qui lui a donné, en voyant par lui-même quelle partie en rejeter, et quelle partie finalement en retenir. La phase d’opposition (qui d’ailleurs, est partielle et plus ou moins prononcée, et non totale comme tu sembles le penser) est une partie nécessaire de ce processus, mais n’en est aps la conclusion. A te lire, on pourrait croire que tu penses qu’à partir d’un certain âge, l’adolescent rejettera définitivement tout enseignement venu de ses parents. C’est simplement, et évidemment, faux.
L’adolescence est une phase difficile mais nécessaire, parfois “à risque”, mais je doute fort que le catéchisme contribue en quoi que ce soit à en atténuer les aspects qui t’inquiètent
17 mars 2006 à 11:16
Je me permets d’ajouter une autre petite réflexion :
Si tu fais reposer la “morale” sur la religion (via un enseignement religieux, c’est ainsi que la morale nous est “donnée” : “Dieu a ordonné que…”, “Jésus a dit que…”, “La bible dit que…”), et si, plus tard, tu ôtes la religion, alors tu sapes tous les fondements de la morale, qui devrait en bonne logique s’écrouler aussitôt, puisque sa raison d’être et son origine ont été niés. Ennuyeux, non ?
Pour l’athée que tu dis être, il faut donc nécessairement trouver des fondements différents à la “morale”. Dans le cas contraire, si tu envisages l’enseignement de cette morale à tes enfants via le “caté”, tu dis en quelque sorte : “Une fois qu’on aura posé le toit, on pourra enlever les murs”.
17 mars 2006 à 11:31
@Swâmi : je me suis visiblement mal fait comprendre. Ce n’est pas tant l’enseignement de la religion, mais la fréquentation de gens, en l’occurence les prêtres, qui transpirent la bonté et l’altruisme, que je préconise.
Le but n’est pas que l’enfant sache par coeur l’ancien et le nouveau testaments, mais plutôt de le mettre en contact avec des êtres humains qui montrent qu’on peut être altruiste et à l’écoute de l’autre au quotidien. Je cherche ainsi à ajouter des exemples qui, je l’espère, serviront à l’enfant lorsqu’il commencera à refléchir à ce qu’il veut être ou ne pas être.
Si l’enfant n’a jamais fréquenté que des voyous ou plus généralement des personnes sans aucun respect pour les autres, comment peut-il décider, consciemment ou non, de respecter les autres ?
Je fais aisément le lien entre religion et morale parce que je crois sincèrement qu’en dehors de mes parents, il n’y a guère qu’au catéchisme que j’ai pu rencontrer des gens qui aidaient spontanément les autres. Ne crois pas que la confusion soit plus grande que cela, il s’agit juste de profiter du catéchisme pour montrer des êtres humains différents de ceux que l’enfant trouvera déjà naturellement au long de son trajet.
Je sais déjà que mes filles seront confrontées à des
racaillesvoyous, des égoïstes, des égocentriques, des connards finis, des profiteurs, etc. En les envoyant au catéchisme, j’espère ajouter à cela les prêtres qui (sauf exception), ne rentrent pas dans ces catégories et présenteront d’autres facette de l’humanité, comme la bonté, l’écoute, le respect, etc.17 mars 2006 à 12:07
@Thierry : Je comprends mieux ce que tu dis alors, mais ça m’inspire toujours quelques commentaires :
- Si les seuls exemples qu’il t’ait été donné de rencontrer de personnes “transpirant la bonté et l’altruisme” ou “qui aidaient spontanément les autres” ont été des prêtres, ou “dans le cadre du caté”, je te plains sincèrement, car tu n’as pas eu de chance.
Des personnes “transpirant la bonté et l’altruisme”, on en trouve aussi dans la vie “civile” en dehors de tout cadre religieux, on en trouve dans diverses associations laïques, mouvements divers, on en trouve dans les hôpitaux, on en trouve n’importe où à titre de simples individus, et on en trouve également dans le cadre de n’importe quelle autre religion, avec des galons de prêtre ou non.
Il est vrai que dans notre société matérialistico-capitaliste qui porte l’individualisme au pinacle, on en trouve assez peu, mais on en trouve tout de même bien davantage qu’on ne croirait. Surtout en creusant un peu…
Mais, de mon point de vue, la bonté des religieux de tout poil est plus suspecte (pas toujours). C’est bien souvent une bonté d’apparence, une bonté de façade, ou encore une bonté “artificlelle”, et en tout cas encadrée et limitée par un dogme qui en limite bien souvent la portée…
Et c’est bien souvent une bonté qui trouve sa frontière à ce que telle religion trouve inacceptable… C’est une bonté qui n’inclut pas l’infidèle, le mécréant, la pute, l’homosexuel, le communiste… C’est une bonté bien souvent limitée aux membres d’une certaine communauté, ou, au minimum, à ceux qui ne sont pas perçus soit comme “ennemis” de cette communauté, soit comme vivant en contradiction avec ses convictions / exigeances / enseignements / dogmes.
C’est donc une bonté qui n’a rien d’universel.
Quoi qu’il en soit, c’est encore la source d’un nouveau paradoxe : Si tu souhaites que tes enfants rencontrent cette “bonté” dans un cadre religieux, car doutant d’en trouver ailleurs, s’ils viennent à se poser la question de la “source de cette bonté”, l’explication qui leur en sera fournie sera que cette “bonté” trouve sa source dans le cadre de la religion et de son dogme…
Mal barré pour quelqu’un qui se dit “athée”
17 mars 2006 à 12:31
Il n’y a pas besoin de religion pour inculquer entre autre l’altruisme, la bonté, et la morale. Les valeurs font parties de l’alchimie de l’enseignement parental, ainsi que de l’enseignement scolaire, etc… tout au long de la vie de l’enfant. Aucune régle établie pour l’apprentissage de la vie. sauf que les valeurs commencent à la naissance de l’individu.
L’évolution de l’enfant passe par les attitudes, la bienveillance et l’enseignement des parents, pas besoin de curés pour venir en aide à ton prochain. La preuve!!
Je te rappelle que mes parents m’ont laissé le libre choix d’aller au catéchisme, chose que j’ai toujours refusé, et cela ne m’empêche pas de penser à toi et aux filles bien avant moi…Et cela, je le dois entre autre à l’enseignement de mes parents. Maintenant concernant la boulangère quand elle rend trop de monnaie, c’est juste une question de rapidité de calcul, qui fait aussi partie de l’enseignement scolaire.