mer 22 mar 2006
Ronde de nuit - Disque Monde - Terry Pratchett
Posté par Thierry dans Livres
Je viens de terminer le 28ème tome des Annales du Disque-Monde, de Terry Pratchett, Ronde de nuit.
Comme très souvent avec Pratchett, c’est du bon. C’est bien écrit, les personnages sont vivants, les situations drôles, et l’histoire intéressante.
La quatrième de couverture résume le livre ainsi :
C’est un homme comblé que le duc Sam Vimaire, commissaire divisionnaire du Guet d’Ankh-Morpork, heureux père bientôt. Hélas ! la poursuite d’un dangereux criminel entraîne un accident qui le ramène dans son propre passé, en un temps de tumulte et de violence.
Vivre dans le passé n’est pas facile mais y mourir étonnamment simple. Il doit pourtant survivre car des tâches essentielles l’attendent : mettre le grappin sur un meurtrier, s’instruire lui-même, débutant, pour devenir un bon flic et changer l’issue d’une rébellion sanglante.
À l’assaut des paradoxes temporels, un “conte d’une ville” façon Disque-monde, avec sa collection de gavroches, de dames à l’affection négociable (”L’amour au juste prix !”), de rebelles, de policiers de la Secrète et autres enfants de la révolution.
Je ne résiste pas à citer quelques uns des (trop nombreux) passages qui m’ont fait sourire :
Il était une fois resté tellement silencieux, tellement en retrait, tellement invisible, qu’un voleur en fuite s’était appuyé contre lui pour reprendre son souffle. Et quand Vimaire avait refermé les bras autour du malandrin en lui soufflant “J’te tiens!” à l’oreille, l’homme avait manifestement commis dans son pantalon ce que sa chère mère, une quarantaine d’années plus tôt, lui avait patiemment enseigné à éviter.
L’embêtant, c’était les tailles. Pas facile de passer en inspection un rang qui avait Viguelet à un bout et Chouchotte à l’autre. Viguelet était un tel avorton qu’on l’avait un jour accusé de fixer un sergent dans le blanc du nombril, alors que Chouchotte était toujours le premier agent de service à savoir quand il pleuvait. Il fallait prendre beaucoup de recul pour les embrasser d’un seul regard sans s’abîmer la vue.
Vimaire baissa les yeux près de lui. Là, toujours vêtu de son manteau dans lequel on aurait pu en loger deux de son gabarit, mais maintenant coiffé en outre d’un casque bien trop grand, se tenait Chicard Chique.
“Comment tu as réussi à t’infiltrer, Chicard ?
- Ma vieille arrête pas de dire que j’suis insidieux”,
répondit Chicard en souriant. Une manche en concertina se leva à proximité de la tête, et Vimaire comprit que le mouvement dissimulait un salut.
“Elle a raison, dit-il. Donc où…
- J’suis un agent suppléant maintenant, chef, le coupa Chicard. C’est m’sieur Côlon qui l’a dit. M’a filé un casque en rabe. Je m’taille une plaque dans… dans… comment ça s’appelle, déjà, ce truc comme de la cire, ça ressemble à d’la bougie mais on peut pas le becqueter ?
- Du savon, Chicard. Retiens bien ce mot.
Vimaire fixait les armes blanches. Pour gagner une bataille, il suffirait à ces gens de rester immobiles. Si l’ennemi les chargeait suffisamment fort, il ressortirait de l’autre côté en hachis.
[…]
“- Je n’aimerais pas me frotter à eux, c’est sûr.”, répondit Vimaire. Au moins, un quart d’entre eux avait les cheveux blancs et un certain nombre se servaient de leurs armes comme soutien. ” Réflexion faite, je n’aimerais pas avoir à leur donner un ordre. Si je leur disais “demi-tour, droite!” il pleuvrait des bras et des jambes.”
Non, chef, pas possible. J’vois pas Dugland Viguelet en pion d’un plan ingénieux, chef, vu qu’il a pas l’esprit très vif, chef. On l’a accepté dans l’armée seulement parce qu’il a trouvé quelqu’un pour lui peindre G et D sur ses godillots. Voyez, on les connaît tous, chef. La plupart des gars s’engagent pour une courte période, juste pour sortir de la ville et p’t-être montrer aux étrangers qui c’est l’patron. Ils s’attendaient pas à voir des vieilles mémés leur cracher dessus dans leur propre patelin, chef. C’a de quoi abattre un gars, des trucs pareils. Ca et puis recevoir des pavés, évidemment.
“Ca sent bon, dit-il à la silhouette qui touillait doucement le contenu du chaudron avec une louche. Oh, c’est vous… euh… monsieur Planteur…
- Ca s’appelle un ragoût de la victoire, sergent, dit Planteur. Deux sous la bolée sinon je m’tranche la gorge, hein ?
- A peu près ça.” Vimaire jeta un coup d’oeil aux morceaux étranges (pire encore, parfois fâcheusement familiers) qui s’agitaient dans l’écume. “Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
- C’est du ragoût, expliqua Planteur. Assez costaud pour faire pousser les poils sur la poitrine.
- Oui, je vois que certains bouts de viande sont déjà pas mal velus.
- Exact ! C’est pour vous dire si c’est bon !
Je m’arrête là, faudrait recopier tout le livre pour lui faire hommage, comme avec la majorité des tomes de cette série. Mes préférés restant ceux où figurent Les trois soeurcières, Cohen le Barbare et sa clique de héros octogénaires, ou bien évidemment le personnage très spécial de la Mort.
Vivement que les éditions L’Atalante nous publie le 29ème tome, “Monstrous Regiment”, paru en 2004 en anglais. Il faut noter au passage que le traducteur, Patrick Couton, fait un travail extraordinaire, pour lequel il a reçu le prix spécial Imaginales 2002.


23 mars 2006 à 00:34
J’avais découvert Discworld grace à un jeu vidéo (un des rares jeux qui m’ait plu, d’ailleurs) Et ensuite, j’ai lu quelques tomes de Discworld, avait beaucoup de plaisir en effet. Par contre, j’avais essayé la version originale, et je n’y suis pas parvenu, je manque cruellement de vocabulaire d’heroïc-fantasy…
23 mars 2006 à 07:14
En plus du vocabulaire d’heroïc-fantasy, Pratchett est un auteur assez complexe à lire en anglais, à cause de ses tournures de phrases souvent originales et du vocabulaire général plutôt recherché.
Avec Douglas Adams et Pierre Desproges, ce sont les seuls à m’avoir fait rire à voix haute en lisant