jeu 4 mai 2006
Ce mercredi matin, la SNCF était d’humeur particulièrement blagueuse.
Comme à l’accoutumée, notre héros se rends à la gare de sa ville pour attendre le train qui l’emmènera vers de nouvelles aventures, comme la mise en place d’un annuaire LDAP et de son interface métier.
L’esprit embrumé par un réveil difficile, les quelques neurones qui ont réussi à se mettre en marche étant occupés à écouter Mick Jagger chanter ses adieux à Angie, notre héros ne réalise pas qu’il est passé dans la 4ème dimension.
Dans cette 4ème dimension, les choses sont différentes de ce qu’elles ont l’habitude d’être, par exemple, un train RER D Melun-Paris comporte 4 ou 5 wagons de moins que dans la réalité.
Par chance, le réveil de 2 ou 3 neurones supplémentaires permit au malheureux de réaliser que son train s’était arrêté quelques mètres plus loin. Après quelques secondes de course à pied, et bien confortablement assis dans son fauteuil SNCF, on eut pu croire que l’histoire s’arrêtait là. Ce ne fut pas le cas, ce petit incident n’étant qu’un amuse-gueule.
En parlant de fauteuils SNCF, j’ai remarqué quelque chose d’assez insolite, dans la 4eme dimension comme dans la réalité, ces fauteuils sont TOUJOURS 5cm trop étroit pour mon voisin de rangée (de fauteuils). Quelle que soit la personne qui s’assied à côté de moi, de l’anorexique pratiquante au goûteur de chamallows professionnel, il manque toujours 5cm à cette personne qui espère les rogner sur mon espace vital. En général, il suffit de bien montrer que le coup de coude ou d’épaule qu’on vient de recevoir ne nous fera pas libérer la moindre parcelle d’espace pour que ça se tasse. Disons qu’ils sont nombreux les voyageurs qui essaient de grignoter de la place sur celle des voisins.
Bien ancré dans son fauteuil, donc, un semblant d’instinct animalier le tenant à l’écart des grignoteurs de place, notre héros se replonge dans son univers musical, écoutant Big City Life de Mattafix.
Les gares se suivent et se ressemblent, mais le conducteur, voulant probablement éviter la monotonie, s’arrête tantôt en début de quai, tantôt en fin de quai. Cela permet probablement d’éviter que le wagon de tête soit systématiquement chargé par les voyageurs qui s’étaient placés pour monter dans les 4 ou 5 wagons manquants. J’en déduis que le wagon de queue doit être aussi rempli que mon wagon, c’est à dire ras-la-gueule.
Il fait chaud, ce 3 mai, encore heureux ce n’est pas encore l’été.
Quelques minutes plus tard, le train commence à accuser du retard, à cause du temps perdu en gare, systématique lorsqu’un train est plein (les gens qui veulent sortir ne peuvent le faire rapidement, ceux qui veulent rentrer sont persuadés qu’il reste toujours au moins une place, la leur, le problème étant qu’ils sont plus de 20 à penser ça à chaque porte).
Le train marquera alors un arrêt exceptionnel à Vert-de-Maisons, gare que l’on passe habituellement sans ralentir. Le conducteur annoncera assez rapidement qu’une personne ayant fait un malaise à Alfortville, les pompiers doivent intervenir et s’occuper de cette personne avant que nous puissions repartir.
Là, on se dit, c’est le RER D, on est habitué aux trains qui s’arrêtent dans des gares où ils ne devraient pas, ou ne s’arrêtent pas dans celles où ils sont supposés s’arrêter (je ne compte plus les trains direct combs-la-ville-Melun qui m’obligent à descendre en route pour attendre le suivant, situation assez courante aussitôt qu’un train à du retard. Cela évite qu’il ait du retard à son terminus et tant pis pour les voyageurs installés dans celui-ci).
Notre héros patiente donc, surtout qu’il est assis, lui, contrairement à nombre de voyageurs entassés dans les allées.
Quelques minutes plus tard, une voix retentit dans les haut-parleurs, signalant que le prochain train pour Paris arriverait en gare voie 2M (pas la notre). Les moins fainéants, mais surtout les plus mal installés, tentent le tout pour le tout, descendent de train, traversent les voies par le souterrain, et attendent patiemment sur le quai 2M.
Ils sont de plus en plus nombreux à monter ce petit escalier vers le quai, escalier pas plus large que deux personnes. Le quai, lui, ne fait pas 1m50 de large, et très vite, il devient dangereusement rempli de monde qui se marche sur les pieds. Tous nourrissent l’espoir d’arriver à l’heure au boulot.
Votre serviteur, lui, bien installé dans son fauteuil SNCF n’a pas bougé le petit doigt et profite bien du calme revenu dans son wagon, admirant les équilibristes du quai 2M qui s’ingénient à ne pas tomber du quai malgré leur position fort peu confortable.
Un train arrive enfin, on sent comme un souffle d’espoir quai 2M, vite remplacé par un râle d’incompréhension alors que le train passe sans daigner s’arrêter.
Un petit malin, sentant probablement le vent tourner, décide que risquer sa vie est moins grave qu’arriver en retard, il saute du quai 2M, traverse 3 voies pour rejoindre notre quai. C’est d’autant plus malin que la SNCF a pour consigne, lorsqu’il y a du monde sur les quais, d’arrêter toute circulation, ce qui n’aurait pas arrangé les affaires de notre petit malin.
Enfin, et sans trop grande surprise pour notre héros qui avait un peu misé sur ce dénouement, le conducteur du train annonce que l’intervention des pompiers étant terminée, nous allons repartir. Tout le monde fait donc attention à la fermeture des portes, et le train se met en route, sous les yeux étonnés et énervés des voyageurs entassés quai 2M.
Dernière péripétie du voyage, notre train arrivera en gare de Lyon en surface, au lieu de sa station habituelle souterraine. La différence est d’environ 5-10mn de marche, qui comptent dans le total du retard accumulé ce matin.
En ce qui concerne notre héros, il est arrivé 30mn en retard, alors qu’il arrive fréquemment 10mn en avance. Il gardera néanmoins un souvenir agréable et cruel à la fois des visages quai 2M voyant leur train partir sans eux.
La leçon, s’il en faut une, c’est qu’il ne faut jamais croire une annonce SNCF :).
Comme disait Lao-Tse : « Le sage ne quitte pas son fauteuil SNCF »
