Livres


Ca faisait un moment que Delphine insistait pour que je lui trouve des exemples d’ombres chinoises pour amuser les petites. C’est maintenant chose faite grace au projet Gutenberg qui a publié Hand Shadows to Be Thrown upon the Wall de Henry Bursill, un livre de 1859 contenant des illustrations montrant comment faire certaines ombres chinoises.

Je me permet d’en recopier l’intégralité ici-même, puisque le livre en question est maintenant passé dans le domaine publique.


I need not explain how these Shadows were suggested, to any one who has seen
WILKIE’S picture, “The Rabbit on the Wall.” But by what pains they were invented
can never be revealed; for it is known to my tortured digits alone, and they,
luckily for me, are dumb. I calculate that I put my ten fingers through hundreds
of various exercises before my “Bird” took wing; my left little finger thrills
at the memory of “Grandpapa”; and my thumbs gave in no less than twenty times
before “Boy” was accomplished. Yet now how easy it is to make the “Duck”
to quack, the “Donkey” to bray, “Toby” to wag his tail, and the “Rabbit” to
munch his unsubstantial meal.

Of course the Shadows are not to be reproduced perfectly, on “one trial only”;
but I believe that in each case I have drawn the due position of the fingers with
such care, that the most difficult subject may be accomplished after a few minutes;
nor need ingenious youth or parental fondness confine their endeavours to the
sketches contained in this book. With a little ingenuity and some patience, new
shadows may be produced; and not unfrequently figures appear that one never dreamed
of attempting.

Other Books of Shadows have been published; but it will be seen at a glance that
mine bears affinity to none. Some of my sketches were made years ago, others when a
student at the Academy. Indeed, the Shadows have often been displayed on the walls
of my studio, much to the amusement of fellow-students, who would, I am sure, at
any time bear witness to their originality.

HENRY BURSILL

December, 1858.

title plate
the goose a prisoner
deer
grandpapa
bunny
a bird in flight
goat
dog toby
an elephant
greyhound
pig
bruin
a portrait
old growler
fright
a tortoise
boy
head of a camel

THE END


Towel Day :: A tribute to Douglas Adams (1952-2001)

Aujourd’hui 25 mai, c’est la journée de la serviette. En mémoire de Douglas Adams, le génial auteur de la trilogie en cinq partie, j’ai nommé le Guide du Routard Galactique (dont le film est tellement loin de commencer même à esquisser les premières traces de l’humour dont regorgent ces livres).

Il est de bon ton, lors de la Towel Day, de se promener toute la journée avec sa serviette.

Quelques photos des “Towel Day” 2004 et 2005 sur le site en question.

A l’age de 17 ans, en vacances en Corse, j’ai eu le malheur d’accepter une cigarette tendue par une fille qui me plaisait, un soir en boîte de nuit. Sur le moment, j’ai trouvé le goût carrément dégueulasse, mais la sensation de tournis provoquée par la fumée inhalée par mon petit corps d’albâtre était très agréable et bienvenue dans cette ambiance de discothèque de vacances.

Il n’en a pas fallu plus pour commencer stupidement à fumer. De retour de vacances, j’en fumais une, deux ou quatre uniquement le samedi soir, piquées dans le paquet des potes. Puis j’ai commencé à acheter mes propres paquets et c’était parti pour quelques années.

Durant les 17 années qui ont suivi, et principalement les 5 dernières, j’ai souvent éprouvé l’envie d’arrêter de fumer, ce ne sont heureusement pas les raisons qui manquent de faire cela. Ni les méthodes…

J’ai essayé de m’arrêter en pensant à autre chose…
J’ai essayé avec les patchs…
J’ai essayé les gommes à la nicotine…
J’ai essayé de fumer des NTB (cigarettes de pharmacie qui sentent tellement le chichon qu’on ose à peine les allumer en public)…

Un jour en me baladant dans un salon (foire de Paris?) je suis même tombé sur le stand d’un type qui vendait une solution infâme dans laquelle il fallait tremper la cigarette avant de la fumer et (parait-il) ça permettait d’arrêter de fumer. L’explication scientifique était : ‘avec le produit, c’est tellement dégueulasse que vous n’avez plus envie d’en fumer une’. Bien sur, le produit en question coûtait la peau des fesses.

Le gars m’en a voulu de l’envoyer bouler avec son produit ridicule. Franchement, qui irait mettre du produit dégueu sur ses cigarettes, pour les fumer ensuite en râlant qu’elles sont infectes, sans être tenté de prendre une seconde cigarette, cette fois-ci sans produit ?

J’aurais du lui souffler une idée de business sur le même modèle : “les comprimés pour maigrir”. Vous prenez des comprimés de crotte de chat sechée (ou tout autre produit similaire, genre oeil de rat) que vous placez dans votre nourriture avant de manger, et vous êtes surs d’arrêter de manger et de maigrir ! Puis, des comprimés pour maigrir, ça doit se vendre cher, non ? Si ça marche pour sa ‘potion pour arrêter de fumer’, y’a pas de raison.

Un beau jour, la douce et belle Delphine est tombée enceinte de la merveilleuse Antéa. Pendant la grossesse, en bon futur papa gateau que je suis, j’ai bien sûr tenté d’arrêter de fumer. Mais une fois de plus, sans succès (rhoo, allez, j’ai du tenir 1 semaine, c’était mon record).

A chaque nouvel essai pour arrêter, je n’arrivais qu’à une chose, c’est me prouver que je n’avais aucune volonté, et que c’était bien la cigarette qui commandait dans notre relation homme-tabac. Son emprise était tellement forte que, lorsque je me promettais, cigarette au bec, d’arrêter dès le lendemain matin, ça me donnait fortement envie d’en allumer une tout de suite, malgré celle que j’avais dans la bouche à ce moment-là.

C’est ce qui m’a mis un peu la puce à l’oreille quant au rôle du cerveau dans cette dépendance. Après tout, je pouvais passer toute une nuit sans me reveiller pour en fumer une, alors pourquoi est-ce que la journée il m’en fallait forcément une toutes les 2h environ ? Sans compter des cigarettes automatiques dès lors que je lançais un traitement long sur mon PC et que je devais attendre, ou que je reposais mon café ?

Le salut est arrivé par le biais du livre d’Allen Carr, La méthode simple pour en finir avec la cigarette, que j’ai acheté un soir où je me baladais dans Extrapole, aux Quatre Temps (La Défense, Hauts-de-Seine, France).

Avec un titre comme ça, faut admettre que je n’étais pas très motivé, mais la quatrième de couverture et le petit prix (6€ environ) m’ont convaincu que ça valait au moins le coup d’essayer.

Je venais d’acheter quatre paquets de 25 Winston, et ce livre auquel je ne croyais pas beaucoup.

Je suis ensuite rentré chez moi et j’ai lu le livre, en 3h ! Bon, le livre en lui-même est plutôt mal écrit, avec de nombreuses et fastidieuses répétitions. Il est clair que Allen Carr n’est pas un écrivain, et qu’il veut faire passer son message, au risque de gonfler un peu le lecteur.

Ceci dit, j’ai été convaincu par ce qu’il avait à y dire, et dès le lendemain matin je ne fumais plus. Les quatre paquets de cigarettes que j’avais achetés ont trainé sur le frigidaire pendant 4 mois avant que j’en fasse finalement cadeau à mon ami Guillaume.

Je n’ai failli craquer qu’une fois depuis, c’est à la mort de papa, quelques semaines après avoir arrêté de fumer. Fort heureusement, mon frère, à qui j’ai demandé la cigarette qui m’aurait relancé sur la mauvaise pente m’a refusé celle-ci, me rapellant à juste titre à l’ordre. Il était clair que recommencer à fumer n’arrangerait rien.

Depuis, je suis fier d’être un non-fumeur et non un ex-fumeur, dans ce sens que lorsque je pense à la cigarette, je ne me dis pas “je tiens bon depuis 2ans et demi” mais “j’ai définitivement arrêté il y a 2 ans et demi”. La différence est subtile, mais c’est celle qui sépare la personne qui se sent frustrée de ne pas pouvoir fumer de celle qui se régale de ne plus être dépendante.

J’ai depuis offert ce livre à 3 personnes, mon frère, mon ami Guillaume, et ma belle-mère, mais la méthode n’a pas fonctionné avec eux. C’est assez décevant, surtout lorsque je vois à quel point cela a été facile pour moi… Il faut néanmoins noter que sur ces trois personnes, une seule admettait ouvertement vouloir arrêter de fumer, les deux autres jugeant que pour l’instant, elles aimaient bien fumer.

Ronde de nuit

Je viens de terminer le 28ème tome des Annales du Disque-Monde, de Terry Pratchett, Ronde de nuit.

Comme très souvent avec Pratchett, c’est du bon. C’est bien écrit, les personnages sont vivants, les situations drôles, et l’histoire intéressante.

La quatrième de couverture résume le livre ainsi :

C’est un homme comblé que le duc Sam Vimaire, commissaire divisionnaire du Guet d’Ankh-Morpork, heureux père bientôt. Hélas ! la poursuite d’un dangereux criminel entraîne un accident qui le ramène dans son propre passé, en un temps de tumulte et de violence.

Vivre dans le passé n’est pas facile mais y mourir étonnamment simple. Il doit pourtant survivre car des tâches essentielles l’attendent : mettre le grappin sur un meurtrier, s’instruire lui-même, débutant, pour devenir un bon flic et changer l’issue d’une rébellion sanglante.

À l’assaut des paradoxes temporels, un “conte d’une ville” façon Disque-monde, avec sa collection de gavroches, de dames à l’affection négociable (”L’amour au juste prix !”), de rebelles, de policiers de la Secrète et autres enfants de la révolution.

Je ne résiste pas à citer quelques uns des (trop nombreux) passages qui m’ont fait sourire :

Il était une fois resté tellement silencieux, tellement en retrait, tellement invisible, qu’un voleur en fuite s’était appuyé contre lui pour reprendre son souffle. Et quand Vimaire avait refermé les bras autour du malandrin en lui soufflant “J’te tiens!” à l’oreille, l’homme avait manifestement commis dans son pantalon ce que sa chère mère, une quarantaine d’années plus tôt, lui avait patiemment enseigné à éviter.

L’embêtant, c’était les tailles. Pas facile de passer en inspection un rang qui avait Viguelet à un bout et Chouchotte à l’autre. Viguelet était un tel avorton qu’on l’avait un jour accusé de fixer un sergent dans le blanc du nombril, alors que Chouchotte était toujours le premier agent de service à savoir quand il pleuvait. Il fallait prendre beaucoup de recul pour les embrasser d’un seul regard sans s’abîmer la vue.

Vimaire baissa les yeux près de lui. Là, toujours vêtu de son manteau dans lequel on aurait pu en loger deux de son gabarit, mais maintenant coiffé en outre d’un casque bien trop grand, se tenait Chicard Chique.
“Comment tu as réussi à t’infiltrer, Chicard ?
- Ma vieille arrête pas de dire que j’suis insidieux”,
répondit Chicard en souriant. Une manche en concertina se leva à proximité de la tête, et Vimaire comprit que le mouvement dissimulait un salut.
“Elle a raison, dit-il. Donc où…
- J’suis un agent suppléant maintenant, chef, le coupa Chicard. C’est m’sieur Côlon qui l’a dit. M’a filé un casque en rabe. Je m’taille une plaque dans… dans… comment ça s’appelle, déjà, ce truc comme de la cire, ça ressemble à d’la bougie mais on peut pas le becqueter ?
- Du savon, Chicard. Retiens bien ce mot.

Vimaire fixait les armes blanches. Pour gagner une bataille, il suffirait à ces gens de rester immobiles. Si l’ennemi les chargeait suffisamment fort, il ressortirait de l’autre côté en hachis.
[…]
“- Je n’aimerais pas me frotter à eux, c’est sûr.”, répondit Vimaire. Au moins, un quart d’entre eux avait les cheveux blancs et un certain nombre se servaient de leurs armes comme soutien. ” Réflexion faite, je n’aimerais pas avoir à leur donner un ordre. Si je leur disais “demi-tour, droite!” il pleuvrait des bras et des jambes.”

Non, chef, pas possible. J’vois pas Dugland Viguelet en pion d’un plan ingénieux, chef, vu qu’il a pas l’esprit très vif, chef. On l’a accepté dans l’armée seulement parce qu’il a trouvé quelqu’un pour lui peindre G et D sur ses godillots. Voyez, on les connaît tous, chef. La plupart des gars s’engagent pour une courte période, juste pour sortir de la ville et p’t-être montrer aux étrangers qui c’est l’patron. Ils s’attendaient pas à voir des vieilles mémés leur cracher dessus dans leur propre patelin, chef. C’a de quoi abattre un gars, des trucs pareils. Ca et puis recevoir des pavés, évidemment.

“Ca sent bon, dit-il à la silhouette qui touillait doucement le contenu du chaudron avec une louche. Oh, c’est vous… euh… monsieur Planteur…
- Ca s’appelle un ragoût de la victoire, sergent, dit Planteur. Deux sous la bolée sinon je m’tranche la gorge, hein ?
- A peu près ça.” Vimaire jeta un coup d’oeil aux morceaux étranges (pire encore, parfois fâcheusement familiers) qui s’agitaient dans l’écume. “Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
- C’est du ragoût, expliqua Planteur. Assez costaud pour faire pousser les poils sur la poitrine.
- Oui, je vois que certains bouts de viande sont déjà pas mal velus.
- Exact ! C’est pour vous dire si c’est bon !

Je m’arrête là, faudrait recopier tout le livre pour lui faire hommage, comme avec la majorité des tomes de cette série. Mes préférés restant ceux où figurent Les trois soeurcières, Cohen le Barbare et sa clique de héros octogénaires, ou bien évidemment le personnage très spécial de la Mort.

Vivement que les éditions L’Atalante nous publie le 29ème tome, “Monstrous Regiment”, paru en 2004 en anglais. Il faut noter au passage que le traducteur, Patrick Couton, fait un travail extraordinaire, pour lequel il a reçu le prix spécial Imaginales 2002.

Je profite de l’apparition des affiches du film un peu partout pour le clamer haut et fort :
je n’ai pas aimé Da Vinci Code

Pire que ça, non seulement j’ai eu l’impression de perdre mon temps à lire ce livre, me forçant à aller jusqu’au bout afin de voir si l’enthousiasme autour de celui-ci n’était pas du à une fin particulièrement réussie, mais je n’ai de plus à ce jour toujours pas compris le pourquoi d’un tel engouement autour de cette histoire.

L’intrigue elle-même est chiante comme la mort, et le coté astucieux des découvertes autour de la théorie du code Da Vinci ne viennent pas sauver le livre.

Dan Brown a vendu plus de 20 millions d’exemplaires et le film à gros budget sort le 17 mai en France. J’ai donc sûrement du louper quelque chose.

Mais comme avec la mode du Sudoku, je me dis que j’ai juste eu la chance d’échapper à un phénomène sans réel fondement, et que le succès de ce livre n’est dû qu’à un marketing très réussi. Ou alors je suis tout bonnement plus con que les 19 999 999 autres acheteurs qui ont, si j’en crois les critiques (unanimes? j’ai du mal à trouver une critique négative), réellement apprécié ce livre.

Histoire de ne pas faire que dire du mal d’un livre dans ce billet, je termine en recommandant Wang de Pierre Bordage, qui lui a réussi à me scotcher ligne après ligne tout au long des deux tomes.

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