A l’age de 17 ans, en vacances en Corse, j’ai eu le malheur d’accepter une cigarette tendue par une fille qui me plaisait, un soir en boîte de nuit. Sur le moment, j’ai trouvé le goût carrément dégueulasse, mais la sensation de tournis provoquée par la fumée inhalée par mon petit corps d’albâtre était très agréable et bienvenue dans cette ambiance de discothèque de vacances.
Il n’en a pas fallu plus pour commencer stupidement à fumer. De retour de vacances, j’en fumais une, deux ou quatre uniquement le samedi soir, piquées dans le paquet des potes. Puis j’ai commencé à acheter mes propres paquets et c’était parti pour quelques années.
Durant les 17 années qui ont suivi, et principalement les 5 dernières, j’ai souvent éprouvé l’envie d’arrêter de fumer, ce ne sont heureusement pas les raisons qui manquent de faire cela. Ni les méthodes…
J’ai essayé de m’arrêter en pensant à autre chose…
J’ai essayé avec les patchs…
J’ai essayé les gommes à la nicotine…
J’ai essayé de fumer des NTB (cigarettes de pharmacie qui sentent tellement le chichon qu’on ose à peine les allumer en public)…
Un jour en me baladant dans un salon (foire de Paris?) je suis même tombé sur le stand d’un type qui vendait une solution infâme dans laquelle il fallait tremper la cigarette avant de la fumer et (parait-il) ça permettait d’arrêter de fumer. L’explication scientifique était : ‘avec le produit, c’est tellement dégueulasse que vous n’avez plus envie d’en fumer une’. Bien sur, le produit en question coûtait la peau des fesses.
Le gars m’en a voulu de l’envoyer bouler avec son produit ridicule. Franchement, qui irait mettre du produit dégueu sur ses cigarettes, pour les fumer ensuite en râlant qu’elles sont infectes, sans être tenté de prendre une seconde cigarette, cette fois-ci sans produit ?
J’aurais du lui souffler une idée de business sur le même modèle : “les comprimés pour maigrir”. Vous prenez des comprimés de crotte de chat sechée (ou tout autre produit similaire, genre oeil de rat) que vous placez dans votre nourriture avant de manger, et vous êtes surs d’arrêter de manger et de maigrir ! Puis, des comprimés pour maigrir, ça doit se vendre cher, non ? Si ça marche pour sa ‘potion pour arrêter de fumer’, y’a pas de raison.
Un beau jour, la douce et belle Delphine est tombée enceinte de la merveilleuse Antéa. Pendant la grossesse, en bon futur papa gateau que je suis, j’ai bien sûr tenté d’arrêter de fumer. Mais une fois de plus, sans succès (rhoo, allez, j’ai du tenir 1 semaine, c’était mon record).
A chaque nouvel essai pour arrêter, je n’arrivais qu’à une chose, c’est me prouver que je n’avais aucune volonté, et que c’était bien la cigarette qui commandait dans notre relation homme-tabac. Son emprise était tellement forte que, lorsque je me promettais, cigarette au bec, d’arrêter dès le lendemain matin, ça me donnait fortement envie d’en allumer une tout de suite, malgré celle que j’avais dans la bouche à ce moment-là.
C’est ce qui m’a mis un peu la puce à l’oreille quant au rôle du cerveau dans cette dépendance. Après tout, je pouvais passer toute une nuit sans me reveiller pour en fumer une, alors pourquoi est-ce que la journée il m’en fallait forcément une toutes les 2h environ ? Sans compter des cigarettes automatiques dès lors que je lançais un traitement long sur mon PC et que je devais attendre, ou que je reposais mon café ?
Le salut est arrivé par le biais du livre d’Allen Carr, La méthode simple pour en finir avec la cigarette, que j’ai acheté un soir où je me baladais dans Extrapole, aux Quatre Temps (La Défense, Hauts-de-Seine, France).
Avec un titre comme ça, faut admettre que je n’étais pas très motivé, mais la quatrième de couverture et le petit prix (6€ environ) m’ont convaincu que ça valait au moins le coup d’essayer.
Je venais d’acheter quatre paquets de 25 Winston, et ce livre auquel je ne croyais pas beaucoup.
Je suis ensuite rentré chez moi et j’ai lu le livre, en 3h ! Bon, le livre en lui-même est plutôt mal écrit, avec de nombreuses et fastidieuses répétitions. Il est clair que Allen Carr n’est pas un écrivain, et qu’il veut faire passer son message, au risque de gonfler un peu le lecteur.
Ceci dit, j’ai été convaincu par ce qu’il avait à y dire, et dès le lendemain matin je ne fumais plus. Les quatre paquets de cigarettes que j’avais achetés ont trainé sur le frigidaire pendant 4 mois avant que j’en fasse finalement cadeau à mon ami Guillaume.
Je n’ai failli craquer qu’une fois depuis, c’est à la mort de papa, quelques semaines après avoir arrêté de fumer. Fort heureusement, mon frère, à qui j’ai demandé la cigarette qui m’aurait relancé sur la mauvaise pente m’a refusé celle-ci, me rapellant à juste titre à l’ordre. Il était clair que recommencer à fumer n’arrangerait rien.
Depuis, je suis fier d’être un non-fumeur et non un ex-fumeur, dans ce sens que lorsque je pense à la cigarette, je ne me dis pas “je tiens bon depuis 2ans et demi” mais “j’ai définitivement arrêté il y a 2 ans et demi”. La différence est subtile, mais c’est celle qui sépare la personne qui se sent frustrée de ne pas pouvoir fumer de celle qui se régale de ne plus être dépendante.
J’ai depuis offert ce livre à 3 personnes, mon frère, mon ami Guillaume, et ma belle-mère, mais la méthode n’a pas fonctionné avec eux. C’est assez décevant, surtout lorsque je vois à quel point cela a été facile pour moi… Il faut néanmoins noter que sur ces trois personnes, une seule admettait ouvertement vouloir arrêter de fumer, les deux autres jugeant que pour l’instant, elles aimaient bien fumer.
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